La Bibliothèque comme tiers-archiveur des e-bibliothèques personnelles ?

Posted on 24 janvier 2012

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Sachant que :

  • le marché des ebooks décolle ;
  • l’ebook est une chose bien volatile :
    • en tant que fichier (ça se perd , ça se périme, ça perd ses métadonnées…) ;
    • en tant que droit (je peux aller le re-chercher chez le vendeur… tant qu’il existe, tant que les conditions n’ont pas changé…) ;
  • le besoin de constituer et transmettre une bibliothèque est un besoin durable ;

comme d’autres, je me dis que :

  • nous, possesseurs d’ebooks, avons besoin d’archiver nos e-bibliothèques chez un tiers-archiveur, de confiance, promis à durer ;
  • nous, bibliothèques publiques (Etat, universités, collectivités locales) avons la mission de durer, ne serait-ce que pour conserver du papier.

Il devrait donc être tentant pour les bibliothèques de se positionner en tant qu’archiveur des bibliothèques numériques personnelles, en mettant en avant :

  • notre capital de confiance ;
  • notre pérennité ;
  • notre capital de compétence en matière de gestion des livres (pour le dire vite) ;
Pérenne et fiable, également, la Poste a lancé Digiposte en 2011, à la fois boîte au lettre numérique sécurisée et coffre-fort numérique sécurisé. C’est d’abord fait pour faciliter la vie de l’e-administré (paperasses) et l’e-salarié (fiches de paie), mais le service propose aussi un espace de stockage, où déposer toutes sortes de fichiers. Ce coffre-fort n’a pas de compartiments, mais vous pouvez y mettre plein de trucs et y coller de petites étiquettes pour les retrouver. En d’autres termes, un seul dossier et des tags attachés à des fichiers. Les tags sont libres : c’est de la folksnomie, mais en solitaire. Le moteur de recherche exploite les tags.
Le lecteur d’ebooks enthousiaste mais frileux que je suis a besoin d’une solution comme celle-ci, archivage de dernier recours. Mais difficile d’en faire mon premier recours car :
  • l’exigence de haute sécurisation génère trop de viscosité : ainsi, il est peu probable qu’un tel coffre-fort puisse être synchronisé avec une tablette ou un téléphone ;
  • le fait que ce qui est archivé soit des livres résonne avec nos habitudes d’utilisateur de bibliothèques et de librairies, même sous leur forme numérique : on veut en savoir plus que le titre et trois étiquettes sur le livre, on veut pouvoir interroger une bases de données… Ou peut-être pas ? La gestion de sa bibliothèque personnelle est-elle aussi idiosyncrasique que la gestion de ses papiers administratifs ou bien tend-t-elle à coller aux pratiques des institutions ad hoc que sont les bibliothèques et les librairies ?
Ceci plaide pour que l’institution Bibliothèque essaie de se positionner en tant qu’archiveur des e-bibliothèques personnelles. Faire du Digiposte, avec la même pérennité et le même parfum d’éternité, avec de la sécurité en moins, de la souplesses en plus et des fonctions de gestion documentaires en plus. Les défis sont immenses, mais voyons d’abord quelques heureux bénéfices inattendus :
  • le propriétaire des ebooks peut inscrire sa bibliothèque personnelle dans une dimension sociale, plus ou moins, selon ses préférences : afficher tout ou partie de sa liste ; enfin faire de la folksonomie à plusieurs ; voir s’enrichir la description de ses ebooks comme on peut aujourd’hui enrichir un catalogue de bibliothèque  ; faire une recherche fédérée sur sa collection et sur d’autres collections (collections privées de l’époux, du voisin de village, du collègue, du prof, d’un inconnu au profil documentaire convergent ; collections … collectives du village, du quartier, de l’université, d’un éditeur, d’un agrégateur d’ebooks…) ; profiter de l’assistance de l’institution (gestion des formats, formation, veille technique sur les liseuses…).
  • la bibliothèque tiers-archiveur élargit sa communauté ; élargit sa base de données et le potentiel de la fouille qu’elle peut y faire ; comprend mieux certains usages ; s’oblige à faire plus simple ; fait des économies d’échelle ; peut espérer faire demain ce qu’elle ne peut pas faire aujourd’hui avec les fichiers privés (prêter ! par exemple).

Facile à dire tout ça, car :

  • Quid des conditions d’utilisation imposées par les vendeurs d’ebooks ? L’acheteur peut-il copier ses fichiers sur un ordinateur non personnel ?
  • Quid de l’enjeu des formats ? Le marché va-t-il vers une concentration et stabilité des formats, y compris les données personnelles de lecture incorporées (marque-pages, annotations, surlignages) ? L’institution Bibliothèque saura-t-elle faire – migrer, émuler ?
  • Le vendeur, l’éditeur verront-ils d’un bon oeil l’opérateur Bibliothèque se positionner ainsi ? La Bibliothèque, militante de la lecture partagée (1 objet / n lecteurs), prétend héberger la lecture privée, individuelle, exclusive ? Saura-t-elle ne pas confondre les deux rôles ? Sans parler de la possibilité du prêt entre particuliers, à distinguer du prêt de l’institution au particulier.
  • Qui ? La BnF ? La BPI ? La ville de Paris ? Un SCD ? L’ABES ? ou bien un service centralisé (peut-être même sous-traité !) branché sur tous les réseaux de bibliothèque, pour afficher sa complémentarité avec les autres services de proximité d’une bibliothèque, accéder aux programme de formation, d’accompagnement dans/vers le numérique…
  • Etc.
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Posted in: Elucubration